IA versus naturalité

De la vigne contemplative à la naturalité des vins : nos vœux pour 2026 !

en sous-titre énigmatique : l’IA sauvera-t-elle le vin ?

Ce sont 2 lectures du vin qui explorent des voies apparemment opposées.

La première, la vigne contemplative, est l’expression utilisée par un permanent de la LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) pour qualifier nos vignes à l’occasion d’une sortie en commun. La thématique des oiseaux est ouverte et abordable par tous. Tout récemment, les deux journées du 24 et 25 janvier étaient consacrées au recensement des oiseaux dans nos jardins. Leur présence est fortement conditionnée par l’usage des pesticides, qui réduisent leurs capacités à se nourrir ; plus généralement les pratiques agronomiques intensives (fauchages, sols travaillés associés aux engrais et composts) modifient les biotopes et par là les possibilités de nidification et d’alimentation notamment des couvées. La diminution des espèces, en nombre et en diversité, est réelle, comme le mesurent ces journées d’observation participative co-pilotées par le Museum d’Histoire Naturelle et la LPO.

La biodiversité dans les vignes vue par Michel HULIN

La question restée ouverte dans nos discussions avec la LPO est la viabilité de notre approche ; une rencontre reste à programmer pour leur exposer notre vision de l’économie au plus près du vivant. Leur boutique en ligne met bien à propos en avant « Ethnographies des mondes à venir » (Descola, Pignocchi), de quoi permettre de comprendre l’existence ou tout au moins la recherche de leviers qui donnent toute leur place aux vivants non-humains au sein même de nos activités humaines.

 

La seconde, l’IA sauvera-t-elle le vin ?, a été posée sous forme de question dans un édito de la revue Bettane+Desseauve, bien connue des amateurs et passionnés de vins. Je n’ai vu passer que ce titre dans un mail qui juxtapose 2 temporalités bien contrastées : une boisson ancienne, issue de la domestication de la vigne et d’une lente transformation des pratiques viti-vinicoles, par-delà les siècles et les cultures qu’elle a contribué à construire et l’arrivée brutale et financière d’une technique permise par l’agrégation des connaissances accumulées, stockées et re-modelées à coups de centralisation, de partages plus ou moins voulus et rémunérés, et de concentration de serveurs qui ne manquent pas d’alimenter les évolutions climatiques, n’en déplaise aux plus sceptiques. Il est clair qu’un bouleversement supplémentaire de nos activités, agricoles ou non, de nos organisations, petites et locales ou multinationales, est en route.

Nous mettons toujours du temps à ruminer nos vœux avant de les publier. C’est l’aînée de nos deux petites filles, à la découverte de sa généalogie, qui m’en a donné la clé aujourd’hui ; elle a eu l’idée de poser la question suivante à une IA bien connue : “connaissez-vous Bruno SCHLOEGEL ?” Pour ceux qui s’y intéressent, la réponse et quelques échanges à lire ici. Vous pourrez faire vous-mêmes le test avec votre IA préférée… en dosant votre quota de droits à réchauffement planétaire, un peu comme les déplacements par avion.

L’IA s’est montrée particulièrement bavarde : elle identifie très bien nos pratiques, leurs contraintes et le projet qui leur est associé. Les premières réponses sont étayées, ouvertes. Tout en restant très politiquement correcte et apparemment respectueuse des différences, elle semble même être en mesure de faire la distinction entre notre approche et les alternatives conventionnelle, bio ou biodynamique. Bravo pour l’acuité du distinguo !

Trop rapidement cependant, l’intention commerciale et financière apparaît, alors que notre petite fille est mineure et n’en demandait pas tant : quel type de vin aimez-vous ? De même lorsque je lui suggérait de demander quels moyens permettraient d’associer davantage de vignerons à notre quête, les premières pistes sont purement commerciales : faire connaître davantage vos vins, y compris par des critiques, les valoriser pour expliquer à d’autres producteurs que c’est une piste d’avenir, communiquer davantage pour diffuser un modèle performant économiquement etc… L’IA n’est évidemment pas créative au-delà du référentiel dans lequel elle se meut et qui l’alimente en boucle. Ce n’est pas elle qui va se saborder, cherchant juste à optimiser et permettre de sauter dans une nouvelle boucle de productivité coûteuse.

 

Nous nous efforçons d’ouvrir largement nos portes à tous ceux qui de chaque côté du verre, producteurs, restaurateurs, cavistes, critiques, … sont à l’écoute, pailles et méninges ouvertes, des changements visuels, gustatifs, culturels en cours. Merci à vous tous ! Nous les expérimentons volontiers grâce aux heures libérées par nos « co-travailleurs » non humains. La coopération au plus près des homéostasies, occupations de chaque niche, déplacements certes lents mais économes et robustes/résilients que nous donne la biodiversité acceptée est riche de temps humains libérés. Merci à eux tous ! C'est la fête, vu par Michel HULINC’est ainsi que nos vignes et nos vins peuvent jouer leur rôle : questionner non seulement nos goûts, nos regards et tous nos sens mais aussi nos capacités collectives à nous organiser, remettre en question, anticiper, vivre ensemble sur notre planète. En 2026, nous élaborerons plusieurs ateliers sur ces thèmes, y compris avec des chefs d’entreprise hors du monde agricole, salariés, retraités actifs qui partagent nos interrogations dans leurs cadres respectifs. La première newsletter suivra prochainement pour ceux qui s’y sont abonnés.

 

Par le direct du vécu partagé, en musique ou dans les vignes, avec ou sans vin, nous vous souhaitons de trouver du plaisir à inventer, créer, expérimenter nos activités humaines dans la joyeuse et bonne distance avec le vivant non-humain.

Belle année 2026 !

 

Bruno Schloegel

Vigneron libre

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